Notes Ethnographiques. La Communauté Arménienne d'Afyon Karaïssar
Extrait paru dans le quotidien en langue arménienne«  HARATCH »

(nous ignorons malheureusement la date de cette parution)


La ville d'Afyon Karahïssar est située sur la partie Ouest du plateau anatolien, sur une hauteur entourée de collines, à 1000 mètres au dessus du niveau de la mer, au pied de la falaise noire du Kalé (200 mètres) à mi-parcours du fleuve Akar, à 300 km à vol d'oiseau de La mer Egée et à 210 km de la Méditerranée ( à partir d'Antalya).

Actuellement, la ville est le chef lieu de la province du même nom et se trouve au carrefour de plusieurs voies ferrées et autres axes de circulation importants.

La ville doit son nom d'Afyon à la culture et au commerce de l'opium ( Afyon en turc signifie opium- NdT) dont elle fut un grand centre et celui de Karaïssar à la proximité du Kalé. Elle s'est aussi appelée autrefois Karaïssar Sahib (forteresse noire de l'opium).Sur le territoire turc, il y a 5 autres Karaïssar, ceux de Van, de Chabin, de Dévélé, d'Antalya et d'Ekrad.

La cité de Karaïssar existe depuis des temps très reculés. Dans la première moitié du 13ème siècle les turcs ont pénétré dans la région et y ont crée, selon la terminologie marxiste, « l'état brigand » du Karaïssar.

On ne sait pas précisément quand les Arméniens ont commencé d'habiter Afyon Karaïssar mais il est notoire que lors des règnes des sultans Souleyman Kanoun -1520-1566 et Mourad II 1574-1591 de violents combats contre les Perses ont amené les Arméniens de Erévan, du Nakhitchévan et de Géorgie à émigrer en masse ver Constantinople et l'Ouest de l'Asie Mineure. Nous pensons que la communauté d'Afyon Karaïssar s'est créée à cette période à partir d'un petit groupe ayant immigré vers l'Ouest de l'Asie Mineure.

Sur la fondation de la communauté arménienne d'Afyon, il y a une autre hypothèse que voici :


Dans l'ouvrage intitulé «  DEIR ZOR » de Lévon Mesrop, ont été recueillis des souvenirs de rescapés, dont ceux de Hovsép GOUDIAN, originaire d'Afyon, qui précise entre autres' à propos de la déportation de 1915 que les Arméniens d'Afyon karaïssar seraient venus de Dikranaguert sous le règne des Seldjoukides. «  les turcs, écrit Hovsep Goudian , après avoir pris Afyon aux Grecs, se sont unis au Seldjoukides régnant sur Konya. En raison de l'absenced'artisans, le cheikh des mevlas du lieu en a fait venir depuis Dikranaguert . Tous les successeurs du cheikh perpétuaient de père en fils la tradition selon laquelle les Arméniens sont « Emanétoullah » c'est à dire une bénédiction divine. Le nombre d'habitants augmenta peu à peu. Les gens se mariaient jeunes et avaient beaucoup d'enfants. De notre temps , affirme l'auteur, il était encore courant d'avoir cinq ou six enfants, ce qui était encouragé par la tradition, religieuse, ou autre. Par la suite, même si les naissances ont diminué, la croissance démographique est restée assez élevée. »

A la fin du XIXème siècle, la ville est dotée d'un hôpital, d'une pharmacie. Des médecins viennent d'Europe. Parmi eux, certains furent célèbres : Hadji Hagop Arabian, Hagop Sivrissarian, Onnig kasparian, Haroutioun Dadoyan et d'autres encore. Parmi les pharmaciens, citons Simon et Yevkiné Sinanian, père et fille, Kévork Yéoghourtdjian, Markar Markarian etc …Malgré tout la mortalité surtout infantile était élevé et la durée moyenne de vie n'était pas longue.La situation géographique et le fait que la ville soit située au carrefour d'axes importants ont favorisé le développement de l'artisanat et du commerce, donc par conséquent, celui de la population. Des artisans professionnels sont venuss'y installer ainsi que des commerçants ou des intellectuels originaires d'autres lieux ou des paysans des environs, privés de terre ou mal lotis.Au début de l'année 1915 la population de la ville avait atteint le chiffre d'environ 55 000 dont 10 000 Arméniens.La vie scolaire d'Afyon Karaïssar a commencé au début du XIXème siècle avec l'ouverture d'écoles élémentaires de dimension familiale, ouvertes sur des initiatives privées. Par la suite se sont crées plusieurs collèges ( à partir de 11 ans) dont la plupart se sont unis pour fonder un Collège Central National Sahag Mesrop. Cet établissement comptait 900 élèves en 1915, C'était un bel immeuble de trois étage en pierre de taille construit dans la cour de l'église Sainte Marie.


En 1907 une école anglaise de 50 élèves avait été fondée par des missionnaires. L'instruction y est était dispensé selon les programmes établis pour les écoles arméniennes. En plus de la langue maternelle on y enseignait le turc et l'anglais, le français, les mathématiques,la géographie, les sciences naturelles, l'histoire turque, la religion, le chant liturgique, la peinture etc... l'histoire arménienne y était en enseignée clandestinement. L'école et la religion étaient intimement liées et on encourageait l'attachement national et l'obéissance. Après la classe de terminale, une partie des élèves allait à Bolis, en France, en Italie ou dans d'autres pays pour continuer leurs études.Les Arméniens avaient deux églises apostoliques ( Saint Toros et Sainte Marie) et une église protestante dans la ville. Tous les rites religieux y étaient accomplis selon les règles ecclésiastiques. L'amour du travail, le sens de l'honneur, le grand sens moral de ces habitants d'Afyon étaient renommés. L'ivresse, la paresse étaient des phénomènes sanctionnés. La femme avait des mœurs patriarcales, était honnête, soumise à son mari et aux siens.Les gens d'Afyon avaient une attitude généreuse et compatissante envers les indigents et les malades. Ils venaient en aide à leurs voisins et amis. Si quelqu'un construisait une maison, tous ses amis lui venaient en aide. Quand un proche avait un mariage à organiser, ses amis faisaient leur possible pour que la fête se passe dans la joie, et pour en alléger la dépense. S'il arrivait un malheur, quel qu'il soit, à un parent, tous étaient affligés, s'ils tombaient malade, tous allaient le consoler. Et dans ce cas, même le voisin était solidaire et lui rendait visite.Les habitants d'Afyon s'invitaient régulièrement les uns les autres en famille. Certes ,l'hospitalité y avait généralement un caractère simple, frugal et ordinaire, mais l'accueil, chaleureux, était sincère. A l'issue de la visite , quand les invités s'apprêtaient à repartir, ils s'adressaient au chef de famille en prononçant la formule consacrée: «  on ne saurait se rassasier de votre compagnie mais il est temps de rentrer à la maison ».Le maitre de maison, lui, ne cédait pas facilement à cette requête des invités. Les chaussures ou les bottes étaient déposées dans l'entrée. Les filles et les brus les remettaient aux partants en leur présentant de respectueux hommages. Après avoir formulé ses vœux, le maitre de maison disait aux invités : «  ne nous oubliez pas, revenez bientôt » . On ne fermait pas la porte tout de suite, on attendait que les invités s'éloignent du perron puis on poussait la porte en douceur On fumait beaucoup, mais les jeunes ne fumaient pas devant leurs parents ou leurs ainés: cela aurait été considéré comme une honte. Il n'y avait pas de cigarette, on fumait le tabac local dont on garnissait les tabatières. Les riches avaient de belles tabatières en argent ou plaquées d'or et s'en offraient mutuellement le contenu avec fierté. Certaines femmes âgées fumaient également.A Afyon, la plupart des gens étaient économes et parcimonieux. Ils ne jetaient aucun objet. L'expression «  conserve le remèdes et ses effets, leurs temps viendra » était courante. Tout le monde s'efforçait de mettre de l'argent de côté pour les jours sombres et les futures héritiers.Les gens d'Afyon étaient aussi très conservateurs et très fermement attachés aux traditions ancestrales, sans en approfondir la nécessité. Ils ne savaient qu'une chose : ce qui venait du temps des ancêtres était forcément juste, sacré. Ceux qui dédaignaient les valeurs passées étaient tournés en ridicule et persécutés. L'institution surveillait de près les faits et gestes de chacun .A Afyon, on dinait tard le soir, après le travail. Personne n'arrivait en retard au repas qui commençait par la bénédiction de la tablée par le plus ancien de la famille.Le repas du dimanche était plus cérémonieux. Les adultes se rendaient d'abord à la messe en habits de fête. Jusqu'à leur retour, les autres membres de la maison s'affairaient à la préparation du repas dominical. Il était d'usage de manger de la pâtisserie ces jours là. On faisait la queue au four, chaque famille apportant là son « beurek » ses « bourmas »ou ses artatcheuks ».

Comme dans les autres villes de Turquie, les parents d'Afyon Karaïssar laissaint les jeunes filles découvertes mais les empêchaient d'aller dans les lieuxpublics, au marché ou dans les magasins par peur des sévices turcs et pour échapper au danger de viol.Les mariages se faisaient, non pas selon le choix des couples mais selon celui des parents. Les parents du jeune homme passaient en revue les filles en âge de se marier, prenaient en considération la réputation sociale de leur famille, la conduite de leur mère et autre, avant d'annoncer au jeune homme qu'ils avaient l'intention de prendre telle jeune fille pour bru. Ils montraient indirectement la fille au garçon et lorsqu'il avait donné son accord, ils allaient entamer les pourparlers auprès de la future belle famille.La fille et le garçon restaient fiancés un à deux ans ou plus mais ne se rencontraient jamais, se voyant de loin à l'occasion des invitations auxquelles ils se rendaient en famille.La fille avait « la langue et les pieds liés », elle ne sortait pas de la maison, ne parlait pas à n'importe qui. On raconte qu'une jeune fiancée, apercevant son fiancé dans la rue, s'était mise à courir et était tombée dans un trou. Il n'y avait personne d'autre dans la rue. Le fiancé était venu à son secours, mais non seulement elle ne le regardait pas, ne lui parlait pas, mais de plus elle ne lui tendait pas la main. Le fiancé avait été obligé d'aller chez les parents de la promise pour exposer la situation. Seuls les gens de la maison ont pu tirer la fille hors du trou.Organiser un mariage n'était pas choses facile, surtout pour les gens de petite condition ou les familles nombreuses. Toutes la famille, tous les amis et touts les voisins étaient invités. Être invité à un mariage était un grand honneur. La fonction de parrain était héréditaire et sa famille avait aussi de sérieux préparatifs à faire.La cérémonie durant laquelle le marié revêtait ses habits de noce se déroulait e dimanche à midi. Puis un groupe d'invités, le père, la famille les amis entouraient le marié et se rendaient gaiement au son de la musique chez la belle famille pour conduire la mariée à la bénédiction. Là, la cérémonie était courte. On unissait les mariés. La mariée portait les ornements préparés par son père et dont on l'avait revêtue : on lui avait couvert la tête d'un voile blanc, on lui avait mis des colliers de pièces d'or et des anneaux d'or aux doigt. Puis, sous la conduite du marié, du parrain,de sa femme ou de ses sœurs. et autres proches, on se rendait l'après midi à l'église pour l'office nuptial. Là le rite s'accomplissait en grande pompe, à la lueur des grands cierges offerts par les mariés, dans les senteurs de l'encens s'élevant sous les voûtes.Pour les mariages riches, on allumait aussi les lustres de l'église et il y avait trois prêtres au lieu d'un seul qui participaient à la cérémonie Les diacres étant aussi plus nombreux, il donnaient plus d'ampleur aux chants.A la fin de la liturgie, le cortège entourant les nouveaux mariés sortait de l'église. On se rendait chez le nouveau marié en portant les cierges allumés et enguirlandés de rubans multicolores. Là, réception était grandiose. D'abord, une jeune homme dans la fleur de l'âge sacrifiait un mouton devant les jeunes mariés. Le jeune marié et sa femme foulaient aux pieds le sang répandu et entraient sous la conduite du parrain pour s'installer à la place d'honneur.Les invités entraient ensuite et s'installaient dans la pièce où le mariage allait se faire, en fonction de leur âge et de leur rang. Le mariée était entouré de jeunes pendant toute la durée du mariage. Quant au parrain, il avait un rôle plus important que les parents à jouer, pendant tout la durée du mariage. La classe pauvre n'avait ni table à part ni chef de table et il n'y avait pas de coutume du « chabichou »; Les musiciens étaient payés par le maître de maison. Les jeune gens et le jeunes filles de la maison servaient du vin, pendant que d'autres proposaient de l'eau de vie et, plus tard, des confiseries. Ce service se faisait suivant un ordre tenant compte de l'âge et d'une hiérarchie. Chacun, avant de boire, prononçait des paroles de bénédictin pour le couple, des vœux pour les parents et le parrain. Les chants et la musique se poursuivaient tard dans la nuit.Les derniers temps on commençait à chanter en arménien lors des mariages « Dzidzernag » (Hirondelle- chant d'exil, NdT), « Groung » (Grue, chant d'exil) « Ani Karak », (chant patriotique), « Yèrp vor patsvinn » (Quand s'ouvriront les portes, ( chant patriotique).A la fin du mariage, on faisait danser la mariée, ce qui générait un grand enthousiasme. On lui mettait alors des couronnes de pièces d'or et de guirlandes de sucreries.Les lendemains, les proches du marié se réunissaient à nouveau, se mettaient à table et entamaient des discours sur la nécessité de fonder une famille, présentaient à nouveau leurs vœux de bonheur, tandis que le service des boissons et des confiseries reprenait. Enfin, on conduisait les nouveaux mariés dans la partie de la maison qu'ils allaient occuper.Là il y avait sur une table des corbeilles pleines de fruits et du « Halva » en abondance. On y laissait le couple, et on sortait après avoir prononcé à nouveau des vœux afin que soit levé le voile du mariage.Le mardi était le jour des cadeaux. Tous les proches et les amis présents au mariage et ceux qui avaient eu un empêchement ce jour là venaient chez les mariés. Les invités s'installaient aux quatre coins de la pièce principale tandis qu'au milieu se tenait la mère ou la grand-mère du marié, ceux parmi les proches qui avaient des qualités d'éloquence, et trois femmes tenant devant elle un plateau. Puis entrait la mariée en habits de noce, qui se dirigeait vers le parrain pour lui baiser la main. Le parrain lui offrait le premier cadeau: une montre ou une bague en or, ou des pièces d'or, selon ses moyens.La mariée embrassait ensuite la main des participants selon l'ordre hiérarchique et transmettait les cadeaux offerts au groupe des femmes du milieu de la pièce. Ces dernières clamaient sur le champ le nom du donateur;Il s'agissait en général de dons en argent (pièces d'or ou d'argent). Un important capital se constituait ainsi, qui permettait de couvrir les frais du mariage. Quant au reste, il permettait de subvenir aux premiers achats du ménage et d'acheter des bijoux à la mariée. Enfin, les frais du mariage étaient pris en charge par la famille et les amis fin de soulager le marié d'un souci.

Les familles arméniennes étaient alors célèbres pour leur harmonie et leur stabilité. Il n'y avait presque aucun divorce et , bien sûr, l'église ne les autorisait pas.Il n'y avait dans la ville ni maternités, ni accoucheuses mais les sages-femmes les remplaçaient fort bien. Dans les jours qui suivaient l'accouchement, jusqu'au quarantième, les voisins venaient touts les jours en visite ainsi que les amis, apportant des cadeaux des repas bien nourrissants, parce que la jeune accouchée privée forces en avait besoin pour protéger sa santé. Elle restait au lit sept jours et ne sortait qu'après le quarantième.On se dépêchait de baptiser le nouveau né parce qu'on avait peur qu'il puisse mourir sans être et qu'il parte pour l'au-delà avant d'être un Arménien chrétien, ce qui était considéré comme un grand péché.

Le Baptême se faisait à l'église. Le parrain de mariage était aussi celui du baptême. Après la cérémonie, une réception était organisée à la maison : les connaissances y venaient avec des cadeaux. Après le baptême, le nom de l'enfant était inscrit dans les registres de l'église. On donnait des noms rappelant à faire revivre les ancêtres et la famille. Par la suite, d'autres noms se répandirent également : Vréj ( Vengeance NdT), Azad (libre), Arménouhie (Armenienne) Vrejhouie (vengeresse), Bérdjouhie 'Magnifique) etc...A Afyon, la terminaison « ian » était propre aux Arméniens, mais on trouvait aussi parfois des noms avec la terminaison turque « oghlou », Markaroghlou, Nércessoghlou etc.


Lors d'un décès, des parents vêtus de noir veillaient le mort, assis autour du cercueil. Les proches amis venaient les consoler. Les amis intimes du défunt et plus particulièrement les femmes d'un certain âge pleuraient à voix haute, ce qui produisait une vision de malheur extrême. La coutume voulait qu'on laisse le cercueil à l'église une nuit entière. Les cercueils des gens riches étaient très beaux et recouverts d'une étoffe de velours noir. Le cortège funèbre s'approchait sans musique, dans un très grand silence. Seuls les ecclésiastiques chantaient des hymnes funéraires pendant que le glas sonnait longuement et fort .Si le défunt était richissime, ou si c'était un intellectuel reconnu ou un pretre on lisait son éloge à l'église. Après la cérémonie, les participants retournaient à la maison du défunt pour le repas funèbre.Les femmes amies de la famille du défunt avaient auparavant dressé la table et apporté des victuailles de chez elles. Sur la table, sur trouvait du riz, du ragoût, du « soudjouk » et du « bastermah » du fromage, du pain et du vin. Au moment de vider leur verre de vin , les invités s'adressaient aux proches du défunt : « que votre tête reste en vie », «  que votre souvenir reste vivant », « que Dieu rallonge la vie de ceux qui restent », que le Saint-Esprit vous console », « que ce soit votre ultime tristesse ».Sur ces paroles de consolation et de condoléances, on quittait la maison du défunt et on allait faire brûler de l'encens sur la nouvelle tombe.Le septième et le quarantième jour après le décès, les proches et ceux qui n'avaient pas pu venir à l'enterrement se rendaient au cimetière. Après les obsèques, pendant une semaine entière, les amis intimes et les voisins faisaient tour à tout le repas dans la maison du défunt. Après un certain temps, les intimes mettaient sur la terre où reposait le mort une simple pierre avec l'inscription adéquate et s'en tenaient là.


Les hommes portaient de larges pantalons et des chemises de toile de laine grossière, cousues à la maison. Par-dessus, on mettait un « gilet » (terme français dans le texte NdT), et si nécessaire un gros pardessus de coupe droite en lainage en plus, ils avaient de longues manches et larges ceintures dans lesquelles ils glissaient leur tabac, le briquet, le mouchoir, etc. Sur la tête ils portaient soit le chapeau, soit le fez. Aux pieds, selon les cas , des sabots, des bottes, ou des chaussons.Le costume féminin se composait d'une chemise aux larges manches et d'une robe; Par-dessus elles portaient une courte veste ou une sur-robe de forme ample. Elles attachaient un tablier par-dessus. Sur la tête, elles mettaient un voile aux bords ornés de pompons de couleur ou plus généralement noirs et par-dessus un long fichu blanc ou noir qui recouvrait entièrement la tête, les épaules et la poitrine, ne laissant apparaître que le nez ou les yeux.Plus tard, grâce aux progrès du commerce et des transports, sont apparus des vêtements brodés de laine ou de si fines, des vêtements européens, des « costumes » (terme transcrit du français NdT), et des manteaux pour les hommes, ainsi que des chemises amidonnées et des cravates, des bottines, des guêtres. Mais le fez rouge à gland est resté inchangé on emmenait souvent le fez chez les chapeliers pour le mettre sur des formes appropriées et les repasser.Plus tard, quelque hommes, un très petit nombre- ont commencé à porter des chapeaux à l'européenne à large bord- et des chapeaux de paille- des montres de gousset, des cannes .

Les femmes des riches notables portaient alors de larges et longues robes de sois ou de laine fine, des colliers de pièces d'or, des bracelets, des bagues, des boucles d'oreille, des broches et des peignes, des ombrelles etc. On pouvait les voir aussi porter des manteaux de fourrure.Les Arméniens étaient principalement artisans ou commerçants. Il y avait dans la ville de bons maçons, des tailleurs de pierre, des mennuisiers, des dinandiers, des orfèvres, des tanneurs, des cordonniers,des fabricants de tapis, des tisserands, etc.Les artisans étaient groupés en confréries dont les règles s'étaient transmises au fil des siècles, et avaient force de loi. Ils s'entraidaient et secouraient ceux d'entre eux qui tombaient malade ou ceux qui ne pouvaient plus travailler à cause de leur âge. Ils aidaient les familles de ceux qui mouraient.Ce n'est qu'au début du vingtième siècle que sont apparus les ateliers ou les établissements aux dimensions équivalentes à celles d'une usine pour la teinture, le tannage, le tissage, la savonnerie, et les moulins à huile, à farine, à blé concassé, ainsi que la pâtisserie et l'étamage dont les produits quittaient l'enceinte de la ville pour être vendus à Izmir, Ouchag, Brousse, Konya et dans d'autres villes de Turquie.Bien que les artisans d'Afyon aient été relativement qualifiés, la plupart des marchandises étaient écoulées sur place. Il y avait une transmission héréditaire du métier d'artisan et l'on employait en priorité des proches. Le métier se transmettait de génération en génération. Le nom de l'artisan se formait souvent à partir de son métier : Tarzian, Kouyoumdjian, Kurkdjian, Bakerdjian etc...(Noms formés à partir de mots turcs pour peintre fourreurs etc NdT). Les maçons et la tailleurs de pierre construisaient de beaux édifices, les charpentiers et les menuisiers faisaient des portes, des fenêtres, des balcons,et des armoires finement ornées et travaillées, des tours, des roues de charrettes à partir du bois apporté depuis la forêt proche ( du mont Mourad).Le tissage était très répandu dans la ville. Dans les maisons de ll classe laborieuse, les femmes travaillaient sur des métiers à tisser rudimentaires et faisaient des tissus colorés selon la technique dite d'Aladja; elles filaient la laine ou le coton qu'elles écoulaient ensuite très vite sur le marché local. Elles tricotaient de chaudes chaussettes de laine multicolore et de gants. Ces activités et les travaux d'aiguille étaient exclusivement réservées aux femmes à qui les autres membres de la famille, adultes ou enfants, venaient parfois en aide.La fabrication de tapis était aussi très répandue. Mais la production était entièrement écoulée en dehors de la ville. Les travailleurs « au noir « étaient nombreux, et leur condition était précaire. Ils travaillaient pour des salaires très modiques et se faisaient exploiter. Beaucoup ne gagnaient pas de quoi survivre et travaillait douze à quatorze heures par jour.

A Afyon, les gens vivant du commerce étaient nombreux. Là-bas, c'était une activité noble; les grands commerçant rapportaient de la marchandises de Constantinople, Smyrne, et d'autre villes de Turquie, mais aussi d'Angleterre, de France, d'Allemagne, d'Italie et d'autres pays. Il y avait aussi un nombre assez important de colporteurs transportant dans des ballots de menues marchandises vers les villages ou les bourgs, à pied ou à cheval. Comme l'artisanat, le commerce était une activité héréditaire.De grands changements sont nés de l'ouverture de s lignes ferroviaires Izmir/Afyon Karaïssar et Constantinople/Afyon Kraïssr, et surtout du grand incendie de 1902. En effet , 12 000 maisons furent réduites en cendres . Une opération de construction de logements s'est mise en place. Les riches ont ouvert leurs coffres où ils entassaient de l'or depuis des années et ont commencé à le dépenser pour bâtir des maisons. Des emplois se créèrent. De beaux meubles européens, des tapis précieux commencèrent à trouver place dans des meures bourgeoises, ainsi que des rideaux, des miroirs, des lustres etc. Cependant , il n'y avait toujours pas de lits venus d'Europe.Dans les maison pauvres, le sol était recouvert de deux doigts d'épaisseur de paille, des murs étaient nus, sans aucune décoration.Il est impossible de décrire les privations atroces et les tortures subies par les habitant d'Afyon karahissar pendant la déportation de 1915. Beaucoup sont morts sur les routes et dans le désert de Deïr Zor. En 1918, après la première guerre mondiale, les survivants sont revenus chez eux. Mais peu de temps après , en 1919, a éclaté la guerre gréco-turque,qui a apporté avec elle de nouvelles épreuves. Sous la domination grecque, la ville avait un statut confus. La haine des turcs envers les Grecs et leur supposés amis arméniens s'amplifiait. En 1922, l'armée grecque fut vaincue et commença. à se replier.Les Arméniens et les Grecs d'Asie Mineure, ayant abandonné biens et demeures suivirent la retraite de l'armée. Après avoir subi bien des épreuves et perdu un un bon nombre des leurs ils arrivèrent enfin à Smyrne, pied nus et en haillons. L'armée grecque se retira par la voie maritime, laissant les milliers de réfugiés grecs et arméniens sans protection. L'armée turque à la poursuite de l'ennemi entra dans Izmir(Smyrne est le nom ancien et grec d'Izmir, nom turc l'auteur emploie indifféremment ces deux noms d'une même ville NdT). Avec l'aide de la foule, elle commença à massacrer et à piller la population sans défense. En septembre 1922, après l'armistice, les survivants furent déportés par bateaux en Grèce.

Ainsi, l'existence de la communauté arménienne d'Afyon Karaïssar prit fin en même temps que celle des autres communautés arméniennes de Turquie. Les anciens habitants d'Afyon Karaïssar ont été parmi les premiers émigrants pour l'Arménie, et ce dès 1924. ils se sont installés principalement à Erevan mais aussi pour une partie d'entre eux dans les autres villes ou régions d'Arménie.Il y a aussi des gens d'Afyon en France, aux États-Unis, en Grèce, au Moyen Orient, en Amérique du Sud et ailleurs.


G.Tcherkezian

Paru dans le quotidien en langue arménienne « HARATCH »

traduction Lise Nazarian




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Armenagan 2004 Հրայր